PAROLES
                       AU CREUX DE MES MAINS

                                          Poèmes          

 

ÉDITION BILINGUE

Oeuvre poétique complète  

de

 

RUBÉN BAREIRO SAGUIER

(1930-2014)

 

 

 


 
ISBN: 978-1-937030-56-8

 

Traduction de l'espagnol, Édition et Préface par Alain Saint-Saëns

Alain Saint-Saëns et Rubén Bareiro Saguier,
de Jury de Thèse de Doctorat en 2013.
 

Rubén Bareiro Saguier présidant à la présentation de la pièce de théâtre,
Pecados de mi pueblo, d'Alain Saint-Saëns à Assomption en 2013.
 

Alain Saint-Saëns, présentant France, terre lointaine. Poèmes de l'errance, Préface de Rubén Bareiro Saguier, à l'Alliance Francaise à
Assomption au Paraguay en 2011.
 

Rubén Bareiro Saguier et le poète brésilien Aleilton Fonseca,
Symposium International de Lettres à Assomption au Paraguay en Août 2013.
 

 

Quelque deux cents poèmes, choisis et traduits en concertation avec l'auteur.

Une oeuvre poétique majeure, un souffle créateur puissant

 au service de sa Patrie trop longtemps enchaînée, le Paraguay,

et de la Liberté sous toutes ses formes.

 

 

RUBÉN BARREIRO SAGUIER,

VICTOR HUGO DU PARAGUAY

 

Né au Paraguay en 1930, Rubén Bareiro Saguier, poète, écrivain, homme politique et diplomate paraguayen, nous révèle dans son poème, ‘Notions d’histoire personnelle,’ les circonstances de sa venue au monde:

‘Je naquis avec le croissant du premier quartier,
          Quand les grosses chaleurs
          Cherchaient la fosse des eaux souillées.’

Cent ans plus tôt, c’est par un vers fameux de 1830 tiré des Feuilles d’automne, que Victor Hugo, poète, écrivain et homme politique français, nous annonçait sa naissance en 1802 : ‘Ce siècle avait deux ans!’

Tout a priori semblerait séparer les deux hommes: le temps (plus d’un siècle d’écart), l’espace (l’un venant d’un Etat phare d’Europe, l’autre d’un petit pays peu et mal connu enclavé au coeur de l’Amérique Latine), les origines (aristocratiques pour le Français, humbles et paysannes pour le Paraguayen), le physique et la personnalité. Et pourtant, tout les rapproche: une entrée difficile dans la vie, la présence forte et sécurisante du père, celle aimante de la mère, l’opposition à la tyrannie, presque le même long temps d’exil, la défense des droits de l’homme contre l’arbitraire et la violence, une oeuvre importante à la Chambre après la chute du tyran, un magistère moral sur les cours européennes équivalent à l’ambassade de l’autre, la défense de la langue française pour Victor Hugo, celle de la langue guarani pour Rubén Bareiro Saguier.

Incorruptibles dans la tourmente, visionnaires et généreux dans l’oeuvre de reconstruction de leurs nations respectives, les deux poètes incarnent la grandeur et le génie de leurs peuples et définissent l’image de leur pays et de leur culture à l’étranger. Victor Hugo et Rubén Bareiro Saguier font partie tous deux du cénacle très fermé des hérauts de la littérature universelle.

 

RUBÉN BAREIRO SAGUIER AVEC UN LYCÉEN
PENDANT LE SYMPOSIUM INTERNATIONAL DE LETTRES
 À ASUNCIÓN EN AOÛT 2013

RUBÉN BAREIRO SAGUIER PRÉSIDANT UNE TABLE RONDE
PENDANT LE SYMPOSIUM INTERNATIONAL DE LETTRES
 À ASUNCIÓN EN AOÛT 2013

 


EL PERSEO DE VILLETA

 

In Memoriam,

Rubén Bareiro Saguier

(1930-2014)

 

¡Mira, Rubén,

Quién galopa ya!

Relincha preciado,

Ufano que lo silben,

Pegaso alado,

¡Tu fiel Mbyja!

 

¡Sube, Rubén,

Perseo del viento!

Abraza a tu padre

Maestro del orden,

En mejillas de tu madre

¡Seca el triste llanto!

 

¡Alza, Rubén,

En la grupa

A tu Carmencita!

Con tal jovencita

Amor no es culpa,

Por fin ¡Vive Rubén!

 

Copyright Alain Saint-Saëns,

 25 mars 2014,

écrit la nuit de la mort

 de Rubén Bareiro Saguier.

 

'Il y a des mots dans la vie,

Moi, oui, je le sais bien,

Qui portent en eux

Un condensé d’haleines dans un cocon'.
 

                                           Rubén Bareiro Saguier, Rencontre

 

C'EST L'HISTOIRE D'UNE AMITIÉ
 

          'Mon amitié avec Rubén Bareiro Saguier fut de courte durée - quatre ans - mais intense et productive. Je le rencontrai par hasard dans un dîner de poètes en l'honneur d'Olivier Barbarant organisé par l'Ambassadeur de France d'alors, Gilles Bienvenu, auquel, à ma grande surprise (car je venais d'arriver au Paraguay), je fus convié, et le lendemain, jour de mon anniversaire, Rubén me revoyant, m'ouvrit les bras en me saluant d'un vibrant: 'Mon frère!'. Âgé déjà, il déclinait, honoré de tous mais vivant chichement, l'Etat paraguayen ne lui ayant pas alloué sa retraite d'Ambassadeur du Paraguay en France. Je l'invitais régulièrement à déjeûner dans un grand restaurant qu'il aimait, et nous parlions de poésie, de son oeuvre énorme, de la mienne aussi. Rubén savait encourager, guider, conseiller. Je lui proposai de faire partie du Jury de Thèse en Sciences de l'Education, et il y recouvra une ultime jeunesse. Les doctorants brésiliens l'admiraient et lui savait les charmer par des critiques toujours justes et jamais méchamment énoncées.

Alain Saint-Saëns et Rubén Bareiro Saguier
 à Villarrica au Paraguay en 2011.

          Rubén écrivit avec enthousiasme une magnifique Préface à mon recueil de poèmes, France, terre lointaine. Poèmes de l'errance, me décrivant comme l'Ulysse retournant enfin à son Ithaque. Il présida au lancement de ma pièce de théâtre, Pecados de mi pueblo. Il rit beaucoup d'être un personnage de mon roman, Deux veuves et un ouragan. Il eut le temps de lire la version originale française d'un autre roman, Enfants de la Patrie, et la jugea 'en tous points épique et grandiose'. Sa longue lettre de recommandation pour la traduction que je fis du roman L'hiver de Gunter de l'écrivain paraguayen Juan Manuel Marcos, permit à mon manuscrit d'être publié par les Editions L'Harmattan de Paris. Nous accompagnâmes l'auteur à la présentation du livre pour ce qui devait être le dernier voyage de Rubén en France, pays qui lui avait offert un hâvre de liberté et un poste de Professeur de Faculté après son Doctorat d'Etat, puis plus tard, l'accueillit comme Ambassadeur du Paraguay en France. Rubén, fin diplomate, réussit à devenir l'ami tant du Président François Mitterand que celui du Président Jacques Chirac qui l'éleva au rang de Commandeur de l'Ordre de la Légion d'Honneur.

          Rubén avait accompli des premières études de Droit pour faire plaisir à son père, mais n'avait jamais embrassé la carrière, et je me souviens de l'avoir invité à l'ouverture des cours de Doctorat en Droit de l'Université. Il s'assit au second rang, humble vieillard courbé et silencieux, discret et courtois. Le Directeur des cours, le Dr. Jorge Bogarín, le plus grand pénaliste du Paraguay, qui le reconnut, interrompit son discours classique pour se lancer dans un longue éloge du Père de la Constitution de 1992 refondatrice du Paraguay moderne, expliquant aux étudiants ébahis et émus dans l'Amphithéâtre que ce vieux Monsieur un peu rabougri était en fait un géant du Droit auquel tous étaient infiniment redevables.

          Et puis, un beau jour, peut-être conscient que son départ était proche, Rubén me suggéra de traduire sa poésie complète en français. Je la connaissais bien, mais la tâche s'annoncait ardue, car la concision et la métaphore ne sont jamais aisées à transposer d'une langue et d'une culture à l'autre. J'acceptai cependant avec joie et gratitude, conscient de l'honneur qui m'était accordé par le plus grand poète vivant du Paraguay, par ailleurs immense conteur, aimant à passer d'un genre à l'autre et les entremêler. Nous nous voyions régulièrement pour corriger le texte et choisir les poèmes et l'ordre dans lequel les disposer. Rubén ne voulait pas d'une compilation de son oeuvre mais plutôt une 'cathédrale' reflétant la puissance et la continuité de son écriture poétique.

          Rubén fut un grand amoureux tout au long de sa vie, et sa correspondance, que j'ai pu consulter après sa mort, le confirme amplement. Pourtant, la seule femme qu'il ait vraiment aimée fut Carmencita, la jeune paraguayenne de sa petite ville de province Villeta, qui tomba enceinte encore adolescente au cours de l'été de leurs amours et trépassa des suites d'un avortement précaire, quand son poète s'en fut retourné à ses chères études dans la capitale. Rubén ne se pardonna jamais sa mort et il chercha Carmencita à travers toutes ses rencontres ultérieures. Il la chanta aussi dans nombre de ses poèmes et l'évoqua dans des nouvelles. Il m'avoua, peu avant de s'en aller, qu'elle lui avait manqué. Puisse-t-il l'avoir retrouvée dans l'au-delà et être pour toujours heureux avec elle, chevauchant avec Carmencita en croupe son cheval adoré Mbyja que les soldats de la faction adverse massacrèrent pendant la Guerre Civile de 1947.
                                                              
                                                            Vis, Rubén, mon ami, vis enfin!'.

Alain Saint-Saëns